Le Trouble du Manque de Nature : et si nous avions besoin de retrouver le vivant ?
Quand avons-nous marché pieds nus dans l’herbe pour la dernière fois ?
Pris le temps de regarder les branches d’un arbre bouger dans le vent, de sentir la chaleur du soleil sur notre peau, d’écouter réellement le chant d’un oiseau ou simplement de nous arrêter quelques minutes dehors, sans rien avoir d’autre à faire ?
Nos modes de vie ont profondément changé.
Nous passons beaucoup de temps à l’intérieur, assis, devant des écrans, sous une lumière artificielle, dans des environnements où le contact direct avec la nature se fait parfois de plus en plus rare.
Et progressivement, presque sans nous en rendre compte, quelque chose s’éloigne.
Le contact avec la terre. Les saisons. Les sensations. Le mouvement. L’expérience du vivant.
Pourtant, nous faisons nous-mêmes partie de cette nature.
Alors que se passe-t-il lorsque nous n’en faisons presque plus l’expérience ?
-Le Trouble du Manque de Nature : une notion pour nous sensibiliser
L’expression « Trouble du Manque de Nature », ou Nature-Deficit Disorder, a été popularisée en 2005 par le journaliste et auteur américain Richard Louv, notamment dans son ouvrage Last Child in the Woods.
Il est important de préciser qu’il ne s’agit ni d’une maladie ni d’un diagnostic médical reconnu.
Cette expression permet plutôt de mettre des mots sur un phénomène de société : la diminution progressive du temps passé au contact de la nature et des expériences vécues dans le monde naturel, particulièrement chez les enfants et les jeunes générations.
Bien avant cela, l’écologue Robert Michael Pyle évoquait déjà l’idée d’une extinction de l’expérience de nature : lorsque les expériences quotidiennes au contact du vivant disparaissent progressivement, notre relation sensible avec lui risque elle aussi de s’effacer.
Et cette question prend aujourd’hui une résonance particulière.
Que se passe-t-il lorsque nous marchons moins, explorons moins, touchons moins, observons moins ?
Lorsque les enfants disposent de moins d’occasions de courir librement, grimper, se salir, découvrir, inventer et expérimenter dehors ?
Lorsque notre corps passe davantage de temps assis et que notre attention est continuellement sollicitée par les écrans ?
De nombreuses recherches s’intéressent aujourd’hui aux relations entre contact avec la nature, santé et bien-être, notamment autour du stress, de l’humeur, de l’attention, de l’activité physique ou encore de la qualité de vie.
Cela ne signifie pas que le manque de nature provoque à lui seul l’anxiété, la dépression, l’obésité ou les troubles de l’attention. Ces situations sont complexes et dépendent de nombreux facteurs.
Mais cela nous invite à nous poser une question essentielle :
quelle place laissons-nous encore à la nature et au vivant dans nos vies ?
-Un déracinement progressif
Notre éloignement de la nature ne s’est pas produit du jour au lendemain.
Au fil des générations, nos façons de vivre, de travailler, de nous déplacer et d’habiter nos territoires se sont profondément transformées.
L’urbanisation, l’artificialisation des espaces puis, plus récemment, la place grandissante des écrans et du numérique ont progressivement modifié notre manière d’habiter le monde et d’entrer en contact avec le vivant.
Nous vivons davantage à l’intérieur. Nous nous déplaçons autrement. Nous passons moins de temps dehors dans nos activités quotidiennes.
Et pour beaucoup d’entre nous, la rencontre avec la nature est devenue quelque chose que l’on doit organiser : une promenade le week-end, une sortie en forêt, quelques jours de vacances…
Comme si ce qui faisait davantage partie du quotidien était progressivement devenu une destination.
Notre regard sur la nature a lui aussi évolué au cours de l’histoire.
La forêt, notamment, a longtemps alimenté les peurs et l’imaginaire collectif. Elle était le territoire de l’inconnu, des contes et des légendes. Avec l’évolution de nos sociétés, elle est également devenue un espace recherché pour la promenade, le repos et l’éloignement de l’agitation des villes.
Mais aujourd’hui, une autre question se pose.
À force de nous éloigner physiquement de la nature, sommes-nous aussi en train de perdre notre relation sensible avec elle ?
Car il ne s’agit pas seulement de savoir qu’une forêt existe ou de regarder des paysages sur un écran.
Il s’agit d’en faire l’expérience.
Marcher sur la terre. Sentir le changement des saisons. Observer les arbres d’un lieu. Voir ce qui pousse, ce qui disparaît puis revient. Être surpris par la rencontre d’un animal. Sentir le vent, la pluie, le froid ou la chaleur sur son corps.
Vivre la nature plutôt que simplement savoir qu’elle est là.
Et peut-être que notre déracinement commence précisément ici : lorsque le vivant devient suffisamment éloigné de notre quotidien pour que nous oubliions peu à peu que nous en faisons nous-mêmes partie.
-Retrouver l’expérience de nature
Pour un enfant, être dehors ne signifie pas seulement « prendre l’air ».
C’est courir. Grimper. Toucher. Observer. Tomber parfois. Recommencer. Inventer. Explorer.
Le corps expérimente. Les sens s’éveillent. Le mouvement se construit.
Le sol n’est pas parfaitement plat. Une branche oblige à modifier son chemin. Une matière inconnue attire la main. Un bruit capte soudain l’attention. Une odeur, une lumière ou un insecte deviennent une invitation à regarder autrement.
La nature offre un environnement vivant, changeant et imprévisible.
C’est pourquoi la diminution de ces expériences questionne particulièrement lorsqu’elle concerne les enfants.
Mais ce besoin de nature ne disparaît pas lorsque nous devenons adultes.
Nous aussi avons besoin de marcher, respirer, regarder au loin, sentir le vent sur notre peau, entendre autre chose que les bruits de notre quotidien.
Nous avons parfois simplement besoin de changer de rythme.
Et il n’est pas nécessaire de partir plusieurs jours au cœur d’une forêt pour cela.
La nature peut commencer tout près.
Un arbre. Un jardin. Un parc. Un chemin.
Quelques minutes dehors pendant lesquelles nous cessons simplement de passer d’une chose à une autre.
Car il existe une différence entre être dehors et être véritablement en lien avec la nature.
Nous pouvons traverser une forêt en regardant notre téléphone ou marcher sans réellement voir ce qui nous entoure.
Recréer le lien demande parfois autre chose.
Ralentir suffisamment pour ressentir.
Sentir le sol sous ses pieds.
Prendre conscience de son souffle.
Observer la lumière qui traverse les branches.
Écouter.
Toucher.
Respirer.
Marcher autrement. Puis s’arrêter.
C’est aussi ce que nous expérimentons en sylvothérapie.
À travers les sens, le mouvement, le souffle et différentes invitations, nous entrons progressivement dans une immersion plus consciente au contact du vivant.
La nature cesse alors d’être simplement le paysage autour de nous.
Elle devient une expérience vécue par le corps.
-Recréer du lien avec le vivant
Sensibiliser au manque de nature ne signifie pas opposer nos vies modernes à un retour idéalisé à la forêt.
Il s’agit plutôt de nous interroger sur la place que nous souhaitons redonner au vivant dans notre quotidien.
Permettre aux enfants d’explorer davantage dehors.
Retrouver nous-mêmes le plaisir de marcher, observer, toucher, respirer.
Regarder les saisons changer.
Découvrir les espaces naturels proches de chez nous.
Retrouver cette capacité toute simple à nous émerveiller de ce qui est là.
Car il est difficile de prendre soin de ce avec quoi nous n’avons plus de relation.
Et c’est peut-être là que se rejoignent bien-être et sensibilisation au vivant : retrouver la nature pour ce qu’elle nous permet d’expérimenter, mais aussi recréer suffisamment de lien avec elle pour avoir envie, naturellement, d’en prendre soin.
Non pas parce que la nature serait un remède à tout.
Mais parce que nous ne sommes pas séparés d’elle.
Retrouver le contact avec le vivant, c’est peut-être aussi retrouver quelque chose de nous-mêmes que nos rythmes de vie nous font parfois oublier.
Le corps.
Les sensations.
Le mouvement.
Notre propre rythme.
Notre capacité à nous émerveiller.
À soi.
Aux autres.
À la nature.
Ensemble, recréons le lien
Je suis Alexandra Antonucci, sophrologue et accompagnatrice bien-être en nature – sylvothérapie, certifiée Label Qualité Forestorium® – Guide bien-être en nature. Je propose des accompagnements et des immersions en nature autour d’Entraigues-sur-la-Sorgue, d’Avignon et dans différents espaces naturels du Vaucluse.





